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Prêtres abuseurs: action collective contre le Diocèse de Québec

Pierre Bolduc et Gaétan Bégin ont été victimes de prêtres abuseurs lorsqu’ils étaient jeunes, dans les années 50 et 60, dans la région de l’Amiante et en Beauce. Après des années à vivre avec la peur et la honte, ils ont décidé de briser le silence et de réclamer réparation. Vendredi, une action collective a été déposée en leur nom contre le Diocèse de Québec. Par ce geste, les avocats au dossier souhaitent faire sortir de l’ombre le plus de victimes possible.

«Ça risque d’être l’un des recours collectifs les plus importants en termes de victimes», a indiqué en conférence de presse Me Alain Arsenault, qui a déjà piloté des poursuites pour agressions sexuelles contre des congrégations, notamment les Religieux de Saint-Vincent-de-Paul, les Oblats de Marie Immaculée et les Frères des écoles chrétiennes. Son collègue de Québec, Marc Bellemare, agit à titre d’avocat-conseil dans ce dossier.Selon Me Arsenault, les victimes de prêtres abuseurs ont été nombreuses dans l’immense territoire couvert par le diocèse de Québec, qui s’étend de Charlevoix jusqu’à Portneuf, en passant par la Beauce. L’action collective vise à en amener le plus grand nombre à se manifester, même celles agressées dans les années 40.

L’abolition du délai de prescription, en juin, est venue changer radicalement la donne pour les victimes qui peuvent maintenant poursuivre les auteurs d’abus sexuels, peu importe l’époque où les gestes scabreux ont été posés. «Ç’a été l’argument invoqué par le clergé pendant toutes ces années» pour faire la sourde oreille, a indiqué Me Bellemare, encourageant les victimes qui se sont tues jusqu’à maintenant à se manifester pour obtenir justice. Leur anonymat sera protégé. Pour lui, il s’agit d’«un grand jour pour les victimes qui sont à la recherche de vérité».

La demande d’action collective ne comporte aucun montant de dédommagement global. Me Arsenault a toutefois expliqué qu’il réclamait pour chaque plaignant un montant maximal de 300 000$ en dommages moraux, 150 000$ en pertes pécuniaires et 150 000$ en dommages punitifs.

Agressé à la sacristie

Aujourd’hui âgé de 63 ans, Pierre Bolduc a été victime du curé Jean-Marie Bégin pour la première fois à l’âge de 12 ans, à Robertsonville. En moins d’une année, il a été agressé sexuellement une cinquantaine de fois, à la sacristie de l’église, dans l’automobile de l’abbé, à son chalet. «Cette période de ma vie a eu une influence très néfaste sur mes comportements par la suite» a-t-il témoigné devant les journalistes. Il a dénoncé son abuseur, mort en 1986, il y a une dizaine d’années.

C’est vers l’âge de 13 ans que Gaétan Bégin, lui, est tombé sous l’emprise du curé Rosaire Giguère, également décédé. Les agressions se sont déroulées notamment au presbytère de Saint-Ludger, avant la messe du dimanche. «Ç’a commencé par des accolades et des embrassades pendant quelques mois, après ç’a été des relations sexuelles complètes dans sa chambre à coucher, pendant deux ans et demi, trois ou quatre fois par année, confie-t-il au Soleil.

À l’époque, la mère de l’adolescent était gravement malade et il croyait que le prêtre pouvait arriver à la guérir. «Le dimanche, après la messe, mon père disait tout le temps que le curé Giguère est assez fort, il peut faire des miracles. Dans ma tête d’enfant, je pensais que si je lui faisais plaisir, il allait guérir ma mère. Elle est finalement morte en 1957. Ç’a été le choc pour moi, je ne comprenais plus. Il n’y avait pas eu de miracle. Il a fallu que j’affronte la réalité et vive avec.»

L’homme de 80 ans a appris dans les dernières années que trois autres de ses frères ont été victimes du même religieux.

Des centaines de victimes

Me Arsenault confirme qu’un agresseur de mineurs fait rarement une seule victime. «Il est reconnu que 10% des prêtres sont des agresseurs d’enfants. Si on prend l’année 1960, il y avait 1000 prêtres dans le diocèse de Québec, ce qui donne 100 prêtres qui ont agressé plusieurs enfants. Ça fait des centaines et des centaines de victimes.»

Pour Me Arsenault, l’histoire de M. Bégin est particulièrement «intéressante» puisque le père de la victime avait dénoncé les gestes auprès du diocèse en 1955. «Et qu’est-ce qui est arrivé? Rien. Est-ce que l’agresseur a été exclu? Non.»

Le curé Giguère a été placé au «repos» pendant quelques semaines, avant d’être transféré à Saint-Benoît-Labre, en 1961. «Il a probablement fait d’autres victimes par la suite à d’autres endroits», croit Me Arsenault.

Enquête au diocèse

Les deux avocats souhaitent ne pas se rendre jusqu’à l’étape du procès. Me Arsenault demande que les représentants du diocèse se manifestent le plus rapidement possible afin de trouver «une solution honorable pour eux et pour les victimes».

«Avec la bonne collaboration de Mgr Lacroix, on pourrait en arriver à une entente correcte et acceptable pour l’ensemble des victimes», ajoute Me Bellemare.

Le Diocèse de Québec a réagi de façon laconique par voie de communiqué, en début d’après-midi, au processus judiciaire intenté contre lui. «Nous avons entrepris une enquête interne et collaborerons avec la justice pour faire la lumière sur ces allégations», a souligné l’évêque auxiliaire, Mgr Marc Pelchat.

«L’archidiocèse de Québec a mis en place depuis les années 1990 plusieurs mesures pour la prévention des abus, l’accueil et l’accompagnement des victimes, et la collaboration avec les instances judiciaires et civiles», a-t-il ajouté.


NORMAND PROVENCHER/Le Soleil

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